Panorama vif et prémonitoire : sur le parquet boursier, l’affrontement entre Thales et Leonardo prend une teinte presque mythique. Tandis que les indices digèrent les annonces de croissance et les perspectives des analystes, les investisseurs scrutent les carnets de commandes, les marges et la capacité de chaque groupe à capter les budgets de défense renforcés en Europe. Les visions qui traversent ce paysage économique révèlent des trajectoires distinctes : l’une portée par une avancée spectaculaire du bénéfice par action, l’autre soutenue par une diversification produit plus marquée et une progression régulière des revenus.
Le contexte géopolitique, marqué par la nécessité d’une montée en puissance militaire depuis 2022, a transformé ces valeurs autrefois délaissées en favoris de portefeuille. Les investisseurs avertis évaluent désormais la qualité des portefeuilles produits, la lisibilité des commandes à long terme et la résistance face aux risques cyber et industriels. Les signaux sont contradictoires mais non dénués de logique; les marchés ont déjà récompensé Leonardo pour son rattrapage, tandis que Thales attire l’attention par une projection de bénéfice exceptionnellement élevée à court terme. Ce tableau appelle à une lecture fine : horizon d’investissement, appétence au risque et foi dans la stabilité des chaînes d’approvisionnement détermineront le champion aux yeux du marché.
- Thales : projection de BPA 2026 très élevée, PER attractif par rapport à Leonardo.
- Leonardo : croissance bénéficiaire régulière et diversification produit, PER plus élevé suite à la progression boursière.
- Visibilité à long terme : commandes militaires et partenariats industriels renforcent la sécurité des revenus.
- Risques : cyberattaques, contraintes d’export et dépendances industrielles peuvent fortement peser.
- Stratégie : horizon d’achat différencié selon perspective (tactique, stratégique, méga trend).
Secteur de la défense en Europe : panorama boursier et comparatif entre Thales et Leonardo
Le secteur de la défense européen a connu une revalorisation profonde depuis le déclenchement du conflit en Ukraine en 2022. Les valeurs qui étaient auparavant marginalisées ont gagné en attractivité, remodelant les portefeuilles d’investisseurs institutionnels et particuliers. Les visions qui émergent aujourd’hui montrent une Europe déterminée à combler des décennies de sous-investissement : budgets militaires relevés, commandes à long terme et collaborations transnationales se multiplient.
Dans ce contexte, Thales et Leonardo occupent des positions proches mais différenciées. Thales s’appuie sur une activité concentrée autour des systèmes de défense et de sécurité, qui représentent plus de la moitié de son chiffre d’affaires. Cette concentration confère une visibilité forte sur les commandes et l’exécution de projets complexes, souvent planifiés sur des horizons de dix ans ou davantage. Leonardo, quant à lui, répartit ses revenus sur des familles de produits variées : systèmes de défense, hélicoptères, équipements aéronautiques, systèmes spatiaux et cybersécurité. Cette diversification donne au groupe italien une résilience sectorielle et une capacité à capter plusieurs segments en croissance.
Les investisseurs lisent également les bilans et la cadence des commandes. Les activités navales et aéronautiques nécessitent des cycles de production longs et des engagements pluriannuels, créant une visibilité qui sécurise une partie du chiffre d’affaires futur. Toutefois, cette même durée expose aux risques d’évolution technologique et de coûts. L’existence d’une participation significative de Thales dans Naval Group est un facteur de levier industriel et stratégique, augmentant l’exposition du groupe aux programmes navals de grande ampleur.
Au-delà des chiffres, la confiance du marché se mesure par le comportement du cours de bourse et l’évolution des profits par action. Une vision récurrente suggère que le marché a anticipé des gains de long terme, récompensant des sociétés capables d’aligner innovation technologique et exécution industrielle. Le rattrapage plus tardif de Leonardo, suivi d’une accélération récente, témoigne d’une trajectoire où le temps et la capacité d’intégration de grands programmes jouent un rôle central.
Exemple concret : un opérateur de maintenance de flotte militaire prévoit le remplacement progressif des systèmes de détection thermique et de localisation de cibles. Thales, avec des produits comme une caméra thermique longue portée, présente une offre ciblée capable de répondre rapidement à ces besoins. Leonardo, avec sa force sur les hélicoptères et l’avionique, est préféré pour des programmes incluant maintenance intégrée et upgrades matériels. Ce type de scénario illustre comment la nature des commandes oriente le vote des investisseurs sur l’action.
Pour l’investisseur, la lecture est donc double : évaluer la robustesse du carnet de commandes et anticiper l’impact des cycles politiques sur la dépense militaire. La vision qui se dégage est que la structure industrielle et la qualité des programmes sont des atouts déterminants. Insight clé : la profondeur des programmes à 10 ans fait de la visibilité sur les commandes un critère décisif pour départager ces deux titans.
Performance financière et projections 2026-2028 : BPA, PER et valorisations comparées
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et, en 2026, ils envoient des messages contrastés. Les prévisions de consensus établies par FactSet indiquent une hausse marquée du bénéfice par action pour Thales en 2026, proche de +30%. Leonardo présente une progression plus lissée, située autour de 18 à 20% pour la même période. Les projections à l’horizon 2027-2028 ramènent la croissance de Thales vers 12-15%, ce qui reste élevé en comparaison des indices européens. Ces dynamiques se traduisent par des divergences de valorisation : Leonardo, ayant affiché une performance boursière supérieure récemment, voit son PER se situer à un niveau sensiblement plus élevé que celui de Thales.
Analyser ces indicateurs nécessite d’interroger non seulement la croissance attendue des profits, mais aussi la qualité de cette croissance. Une hausse ponctuelle du BPA peut résulter d’éléments non récurrents ou d’effets de base. À l’inverse, une progression plus régulière traduit souvent une amélioration structurelle des marges et de la gestion opérationnelle. Les visions financières suggèrent que Thales pourrait capter un afflux d’intérêt en 2026 grâce à l’effet d’une forte croissance attendue du BPA, tandis que Leonardo est récompensé par un marché prêt à payer une prime pour une trajectoire de rattrapage confirmée.
Pour les investisseurs, la question centrale devient celle de l’évaluation comparative : faut-il privilégier la perspective d’un bond ponctuel du bénéfice ou la stabilité d’une croissance moins spectaculaire mais soutenue ? D’un point de vue technique, l’écart de PER entre les deux groupes — environ trois points en faveur de Thales selon certains analystes — offre une marge d’optimisme pour l’achat du titre français, à condition que les projections se matérialisent.
Stratégies d’allocation possibles :
- Approche tactique (1 mois) : profiter de la volatilité liée aux publications trimestrielles et aux nouvelles commandes. Les visions de court terme favorisent l’entrée sur corrections.
- Approche stratégique (8 mois) : s’aligner sur l’effet attendu du BPA 2026 pour Thales ou sur la dynamique continue de Leonardo en prenant une position graduée.
- Approche méga trend (2 ans) : parier sur la consolidation du secteur européen et sur la montée des budgets militaires, détenant les deux titres pour capter la hausse sectorielle.
Exemple d’anecdote : un fonds spécialisé qui a adopté une allocation équilibrée en 2023, avec 60% Thales et 40% Leonardo, a vu sa performance s’améliorer en 2024-2025 grâce au rattrapage progressif des deux titres. Ce cas illustre l’intérêt d’une diversification au sein du même secteur.
Insight clé : la valorisation relative (PER) et l’harmonie entre attentes de bénéfice et réalité opérationnelle détermineront l’attractivité pour les investisseurs en 2026. Une préférence prudente pour Thales se justifie par l’écart de PER et la projection de croissance élevée du BPA, mais la dynamique bénéficiaire soutient pleinement Leonardo.
Offres technologiques et avantage industriel : produits, Naval Group et innovations comme la SOPHIE-XF/VGA
La compétitivité est aussi une affaire de produits et de capacités techniques. Thales a récemment développé la SOPHIE-XF/VGA, une caméra thermique portative longue portée et localisateur de cibles. Ce type d’équipement illustre la capacité du groupe à fournir des solutions très spécialisées, immédiatement utilisables sur le terrain et demandées par des armées modernisantes. De son côté, Leonardo couvre un spectre large : armes et systèmes de défense, hélicoptères civils et militaires, équipements aéronautiques, systèmes spatiaux et cybersécurité. La répartition du chiffre d’affaires de Leonardo (38,9% systèmes de défense, 29,8% hélicoptères, 21,7% équipements aéronautiques, 5,1% systèmes spatiaux, 3,5% cybersécurité) témoigne de cette diversification.
Thales, avec une part majoritaire issue des systèmes de défense et de sécurité (55,3%), est centré sur l’électronique critique, l’avionique et les solutions d’identification. Sa participation significative dans Naval Group confère une exposition stratégique aux programmes navals, plus longs mais à forte valeur ajoutée. Ce partage industriel influe directement sur la lisibilité des revenus : programmes navals et aéronautiques génèrent des carnets de commandes sur dix ans, tandis que l’électronique embarquée et les capteurs peuvent invoquer des cycles de remplacement plus courts.
| Critère | Thales (répartition) | Leonardo (répartition) |
|---|---|---|
| Part dominante du CA | Systèmes de défense et sécurité 55,3% | Systèmes de défense 38,9% |
| Forces technologiques | Électronique critique, capteurs, avionique | Hélicoptères, avionique, systèmes intégrés |
| Exposition navale | Participation >30% dans Naval Group | Partenariats sur programmes navals |
| Cybersécurité | Solutions d’identification 17,4% | Solutions cybersécurité 3,5% |
Fil conducteur : imaginons le capitaine fictif Martin, responsable des acquisitions d’une flotte côtière européenne. Sa priorité est la fiabilité des capteurs pour la surveillance maritime et la maintenance long terme. Il privilégiera des systèmes embarqués robustes et des partenariats industriels assurant soutien logistique et modernisation. Ce choix favorise naturellement les acteurs capables d’offrir des programmes intégrés et un soutien continu — un terrain où Thales et Leonardo peuvent tour à tour convaincre selon le besoin spécifique.
Insight clé : la nature des programmes et la complémentarité technologique déterminent qui remportera les commandes; la présence dans des secteurs à cycles longs comme le naval apporte une visibilité que le marché valorise fortement.
Risques géopolitiques, cyber et chaîne d’approvisionnement : scénarios à prendre en compte
Le monde boursier n’est pas aveugle aux risques. Les récentes campagnes de cyberattaques contre des filiales liées à Naval Group ont rappelé la vulnérabilité des chaînes industrielles et l’impact potentiel sur la confiance des investisseurs. Les visions qui traversent le paysage indiquent que la résilience aux cyber-incidents, la diversification de la supply chain et la capacité à gérer les délais de production seront des facteurs déterminants pour la performance future.
La dimension géopolitique reste centrale. Les tensions au Levant et au Moyen-Orient influent sur la demande de certains systèmes, et les décisions politiques européennes sur le renforcement militaire déterminent le flux des budgets. Pour comprendre ces interactions, il est utile de consulter des analyses géopolitiques qui relient la stratégie industrielle et la diplomatie de défense, comme les réflexions sur les défis stratégiques de l’Europe ou sur les engagements au Levant et au Moyen-Orient.
Scénarios de risque à considérer :
- Cyberattaque majeure affectant la production ou la confidentialité des contrats, entraînant des retards et une perte de confiance.
- Restrictions à l’export découlant de tensions diplomatiques, réduisant les opportunités de marché pour certaines gammes de produits.
- Ruptures d’approvisionnement sur composants critiques (semi-conducteurs, matériaux composites) rallongeant les délais et augmentant les coûts.
Ces scénarios ont des conséquences financières directes : volatilité accrue, ajustement des primes de risque, et éventuellement révisions des prévisions de BPA. L’histoire récente montre que les marchés pénalisent rapidement l’incertitude, mais récompensent la capacité des groupes à fournir des solutions de remplacement et à sécuriser leurs fournisseurs.
Insight clé : la gestion proactive des risques industriels et cyber, combinée à une stratégie d’export maîtrisée, sera déterminante pour soutenir la confiance des investisseurs dans les deux groupes.
Stratégie d’investissement : qui est le champion du marché et quelles actions entreprendre ?
Au moment d’arbitrer entre Thales et Leonardo, la décision dépend de votre horizon et de votre profil de risque. Les visions stratégiques indiquent une double réalité : Thales paraît attractif pour un investissement basé sur une réévaluation rapide du bénéfice par action et un PER inférieur; Leonardo séduit par sa croissance régulière et sa diversification produit.
Checklist pour orienter votre décision :
- Horizon de détention : court terme (1-3 mois) privilégier la volatilité tactique; moyen terme (8-24 mois) considérer la matérialisation du BPA 2026; long terme (5+ ans) diversifier entre les deux pour capter le méga trend.
- Appétence au risque : si vous tolérez la volatilité, Thales peut offrir un rendement supérieur; si vous cherchez de la stabilité, Leonardo montre une progression plus régulière.
- Exposition sectorielle : vérifier la pondération du portefeuille sur la défense et corréler avec l’exposition géographique.
- Surveillance active : suivre les rapports trimestriels, les annonces de commandes et les incidents de cybersécurité.
Exemple pratique : pour un investisseur prudent souhaitant profiter de la tendance sectorielle, une allocation graduée (dollar-cost averaging) répartie entre les deux titres permet de capter la progression moyenne tout en limitant le risque d’un choix binaire.
Vision finale avant la prochaine étape : le marché ne couronne pas un seul champion absolu, mais récompense la capacité à combiner innovation, exécution industrielle et gestion des risques. Un arbitrage nuancé — favorisant légèrement Thales pour son PER et ses prévisions 2026, tout en maintenant une exposition à Leonardo — apparaît comme une voie équilibrée pour qui veut naviguer ce duel avec sérénité.
Quelle est la principale différence entre Thales et Leonardo ?
La différence réside surtout dans la répartition des activités : Thales est davantage concentré sur les systèmes de défense et de sécurité tandis que Leonardo est plus diversifié, avec une part importante liée aux hélicoptères et à l’aéronautique. Cette distinction influence la visibilité des revenus et la sensibilité aux cycles industriels.
Les prévisions pour 2026 rendent-elles Thales incontournable ?
Les prévisions de BPA pour Thales en 2026 sont très favorables et attirent l’intérêt, mais leur réalisation dépendra de l’exécution opérationnelle et de la gestion des risques. Une exposition mesurée et un suivi régulier restent recommandés.
Comment gérer le risque cyber pour un investisseur dans ces secteurs ?
Surveiller les annonces de cyberincidents, évaluer la réponse et la résilience des groupes, et diversifier les positions sont des méthodes clés pour limiter l’impact d’un incident. Les investisseurs doivent aussi suivre la communication sur la sécurité et les plans de contremesures.